La Capsule #44 – Le retour de Trump

Faisons un point sur ce qu’il se passe en Arizona et que l’on avait déjà évoqué dans la dernière capsule : le recompte des voix dans le comté de Maricopa.
L’annonce de ce recompte a fait plaisir à beaucoup de monde, dans notre camp en tout cas. Dans le camp d’en face, la nouvelle n’est pas aussi bien accueillie. Quelle que soit l’issue de ce recompte, on en entendra régulièrement parler dans les prochaines semaines. Prenons en revanche les informations actuelles avec des pincettes, car elles arrivent au compte-goutte, sont parfois mal étayées et parce que la situation est assez tendue en Arizona, ce qui signifie qu’il peut y avoir des retournements de situation à tout moment.
Nous voici donc en Arizona. Sud-ouest des États-Unis, frontalière de la Californie, la population y est d’environ 7 millions et demi d’habitants.
Officiellement, Joe Biden a remporté l’Arizona lors de l’élection présidentielle, mais avec une très faible avance sur Trump, une avance de 10 000 voix seulement (et non 20 000 comme je l’ai dit la dernière fois). 10 000 voix d’avance pour Biden, donc, sur un total de 3 200 000 de bulletins exprimés. Une avance extrêmement mince.
Sur ces 3,2 millions de voix, les 2/3 viennent du comté de Maricopa, le comté principal de l’état, qui va être recompté.
Voilà pour le cadre.
Il faut savoir que les voix de ce comté ont déjà subi plusieurs recomptes par le passé, qui avaient été effectués par la législature du comté et qui n’avait abouti à rien : pas de remise en cause de la victoire de Biden. Pourtant cette fois-ci, ce n’est pas le comté de Maricopa qui demande un recompte, mais le sénat de l’Arizona, l’instance supérieure. (Pour information, le sénat de l’Arizona est composé de 30 sénateurs, avec une majorité républicaine de 16 contre 14.)
Le sénat d’Arizona a donc considéré que les précédents recomptes effectués par le comté de Maricopa n’étaient pas suffisamment transparents ni suffisamment poussés, et a donc voté, non pas pour un nouveau recompte, mais pour un audit, un examen beaucoup plus complet donc. Il ne s’agit ainsi pas seulement de recompter les votes manuellement, mais aussi de vérifier les signatures des votes par correspondance et d’examiner le fonctionnement des machines utilisées pour compter les bulletins. Peut-être avez-vous également vu des images d’appareils à lumière ultra-violette, qui serviront vraisemblablement à vérifier l’authenticité de certains bulletins de vote (la fabrication de faux bulletins de vote, y compris par des puissances étrangères, est une menace sérieuse justifiant une sécurisation des bulletins.)
Alors, que peut-on espérer de tout ça ?
On peut espérer beaucoup dans la mesure où l’avance de Biden sur Trump en Arizona est très faible, et surtout dans la mesure où un grand nombre de bulletins sont soupçonnés d’irrégularités. Selon les rumeurs, il pourrait y avoir jusqu’à 250 000 votes invalides, soit 12 % du total et largement de quoi changer le résultat de l’élection en Arizona.
Mais attention, quand on parle de vote invalide, on ne parle pas nécessairement de fraude. On parle majoritairement de votes par correspondance envoyés après la date limite, de gens ayant voté sans être citoyen d’Arizona, de bulletins de votes invalides parce que l’adresse postale du votant n’est pas la bonne. Sans nier une fraude qui crève les yeux, il faut tenir compte de l’erreur humaine. Il y a aussi des cas ambigus dans lesquels certains votes par correspondance ont été vérifiés de façon laxiste, sans comparaison de signatures ou d’adresse, ou avec des dépouilleurs indulgents quant aux dates limites d’envoi. En somme, entre l’erreur humaine, le manque de rigueur ou la fraude claire et nette, il pourrait y avoir 12 % de votes invalides, notamment parmi les votes par correspondance, qui sont majoritairement pour Biden. Alors pour revenir alors la question « que peut-on attendre de ce recompte ? » Réponse : il n’est pas du tout fantaisiste, il est même assez crédible que l’audit aboutisse à la victoire de Trump en Arizona.
Et peut-être justement parce que la victoire de Trump est très crédible, les démocrates, en face, s’opposent férocement à cet audit. Il y a eu une bataille juridique pour empêcher cet audit, avant qu’il ne soit finalement accepté par la justice.
Les démocrates ont en fait attaqué de tous les côtés. Ils ont mis en doute les bonnes intentions du sénat d’Arizona qui a demandé l’audit, il ont nié la légalité de l’audit, ils ont discrédité l’entreprise chargée de l’audit, le directeur de cette entreprise, la procédure d’audit de cette entreprise, la transparence des opérations, bref, les démocrates ont tenté et tentent encore de faire annuler cet audit de toutes les façons possibles. Le juge en charge de cette affaire a finalement accepté que l’audit soit stoppé à la condition que les démocrates versent une caution d’un million de dollars. Les démocrates ont refusé de verser cette caution, et l’audit a donc lieu actuellement.
Combien de temps va durer cette audit ? Difficile à dire précisément, mais on sait que le stade où sont stockés les votes et les machines, et où tout l’audit se déroule, aurait été loué pour 4 semaines. Certains ont estimé arbitrairement qu’il fallait 3 semaines pour finir l’audit, mais qu’il faut aussi compter du temps pour la compilation des données recueillies. Informations floues donc, mais si tout se passe comme prévu, on pourrait avoir des résultats d’ici un mois et demi, peut-être un peu moins, donc vers début-juin.
Mais encore une fois, seulement si tout se passe bien. Parce qu’on vient d’apprendre, par exemple, que le juge en charge de cette affaire, celui qui a autorisé l’audit lorsque les démocrates ont refusé de payer la caution, s’est retiré de l’affaire et sera donc remplacé. Il n’a pas donné de raisons claires à son départ, mais pour peu qu’il soit remplacé par un juge démocrate, le tribunal pourrait revoir son jugement et déclarer l’audit illégal.
L’audit pourrait également être interrompu car l’entreprise chargée de cet audit est très contestée par les démocrates. Cette entreprise s’appelle Cyber-Ninja et on lui reproche plusieurs choses :
– Premièrement, on lui reproche son incompétence dans la mesure où Cyber-Ninja n’a jamais effectué d’audit de ce genre.
– Deuxièmement, on lui reproche son manque de transparence sur ses méthodes. Le tribunal lui a d’ailleurs demandé de lui communiquer tous les détails de sa procédure d’audit, ce qu’elle n’a pas encore fait pour le moment, vraisemblablement parce qu’elle exige en retour que ces procédures restent confidentielles.
– Troisièmement enfin, on reproche à l’entreprise Cyber-Ninja de ne pas être neutre, notamment parce que le directeur de Cyber-Ninja, qui s’appelle Doug Logan, est une pro-Trump assumé et qu’il a publiquement émis des doutes sur l’honnêteté du scrutin du 3 Novembre. Au yeux des démocrates, Doug Logan est un complotiste pro-Trump, et ils déplorent donc que ce soit lui qui dirige l’audit.
Ainsi donc, les démocrates n’acceptent rien de ce qui se passe actuellement, mais pour l’instant l’audit se poursuit. L’entreprise Cyber-Ninja garantit de son côté que l’audit se fera de façon parfaitement neutre. Elle a d’ailleurs fait en sorte que l’opération soit intégralement filmée : des caméras filment l’audit 24h sur 24 et sous tous les angles. Les différents participants portent des t-shirts de couleur qui permettent de les identifier selon leur rôle, et il y a parmi eux des observateurs des deux bords politiques, comme dans un dépouillement classique.
Puisqu’il n’est pas interdit d’être pro-Trump, ni de soupçonner une fraude électorale, l’entreprise Cyber-Ninja n’est pas disqualifiée, et elle entend donner des gages de transparence et d’honnêteté à qui la soupçonnera.
Quant aux éventuelles décisions du tribunal – par exemple si le tribunal change d’avis et veut annuler l’audit – le sénat d’Arizona s’y opposera certainement. C’est ce sénat d’Arizona qui a organisé l’audit, qui le finance en partie, et les sénateurs pourraient invoquer leur immunité parlementaire pour que les démocrates ne puissent pas les poursuivre, et donc ne puissent pas annuler l’audit. Le sénat peut aussi invoquer la séparation des pouvoirs pour empêcher qu’un tribunal annule leur décision.
En somme, des attaques des deux côtés, mais pour l’instant, l’audit se poursuit.
Il est intéressant de voir cependant la manière dont les démocrates dénigrent cet audit et ceux qui le mènent. Certains d’entre eux prétendent que procéder à une vérification des votes est une attaque contre la démocratie, ce qui est étrange puisqu’il s’agit justement de vérifier que la démocratie a été respectée. La majorité des médias mainstream tente maintEnant de faire passer cet audit pour un délire complotiste. On l’a vu avec les attaques contre l’entreprise Cyber-Ninja, mais de manière générale, les médias vous expliquent que  des élus républicains procèdent à un audit pour faire plaisir aux complotistes pro-Trump. N’est-ce pas un brin stéréotypé ?
La vérité, c’est que le sénat d’Arizona est élu et qu’il a parfaitement le droit de demander un audit s’il soupçonne des irrégularités.
Si vous traînez sur les réseaux sociaux, vous verrez des démocrates crier que c’est un audit illégal, ce n’est pas le cas, c’est tout ce qu’il y a de plus légal.
Mais comme souvent, il y a une lutte entre le bon et le mauvais complotisme : si vous dites que les compteurs de voix du 3 novembre ont triché, vous êtes un complotiste, mais si vous dites que les employés de Cyber-Ninja vont tricher, ce n’est pas du complotisme.
Si vous dites que des pays étrangers ont fait de l’ingérence électorale pour faire gagner Biden, c’est du complotisme, mais les médias qui nous ont expliqué pendant 4 ans que la Russie a fait de l’ingérence pour faire gagner Trump en 2016, cette fois-ci, ce n’est pas du complotisme. Il y a le bon complotisme et le mauvais complotisme, selon qui est soupçonné de fraude.
Mais que va-t-il se passer après l’audit, du coup ?
Quand on regarde aujourd’hui du côté des démocrates, on voit autant de colère que de panique, et pour cause, comme on le disait, il est tout à fait crédible que Trump remporte l’état à l’issu de l’audit.
Mais si Trump remporte effectivement l’Arizona, on s’embarque dans des semaines de chaos au États-Unis. D’un côté, vous avez tous les démocrates du pays qui vont crier au scandale, dire comme aujourd’hui mais plus fort que l’entreprise Cyber-Ninja est corrompue, qu’elle a truqué son audit, qu’elle a elle-même manipulé les votes, qu’il n’y a aucune transparence, que la décision de faire un audit, la décision du sénat d’Arizona, était illégale, le tout avec les médias qui vous parleront d’attaque à la démocratie, d’une énième tentative de coup d’état des pro-Trump, toutes les théories complotistes y passeront.
Et en face, côté républicain, vous aurez le même déchaînement. Forcément, les républicains sont très majoritairement convaincus que l’élection est frauduleuse, on les a traité de complotistes pendant 6 mois, on leur a refusé ce genre d’audit pendant des mois, ils se sont senti abandonnés par la justice, par la Cour Suprême, et d’un coup, on leur annoncerait qu’en Arizona, il y a bel et bien eu fraude et que Trump est gagnant ? Il va forcément y aura dans ce cas un soulèvement et tous les autres états-clés réclameront leur audit, soutenus par leurs sénats essentiellement républicains.
Et quand bien même Trump remporterait finalement tous les états-clés, que se passerait-il ?
Mystère, puisque le président des États-Unis n’est de toute façon pas élu par le vote populaire mais par le collège électoral, qui a choisi Biden en février dernier. Trump serait alors déclaré gagnant, mais ne sera pas élu pour autant. Peut-être aussi que face à la pression populaire, les choses bougeront, peut-être que la Cour Suprême se réveillera. Face à une situation aussi nouvelle, il n’y a pas d’issue claire.
La situation actuelle est la suivante : gros conflit juridique sur la légalité de l’audit, remise en question de l’entreprise Cyber-Ninja, et les démocrates qui se préparent à contester massivement une éventuelle victoire de Trump. Ce qui est sûr, c’est que la situation est explosive et qu’on pourrait avoir un désordre social massif aux États-Unis selon les résultats de l’audit.
Notons qu’il y a d’autres points d’ombre dans cette histoire. On peut se demander, par exemple, pourquoi les démocrates n’ont pas payé la caution d’un million de dollars, compte tenu de ce qu’ils ont à perdre si Trump gagne. On peut aussi se demander pourquoi le sénat d’Arizona a employé une entreprise peu qualifiée comme Cyber-Ninja, et aussi clairement pro-Trump, sachant qu’en cas de victoire de Trump, son honnêteté serait immédiatement contestée. Peut-être que c’est voulu, peut-être aussi que Cyber-Ninja était la seule entreprise de confiance pour les républicains, ou que sa procédure d’audit était la plus intéressante, une fois de plus mystère. Toute cette histoire pose décidement beaucoup de questions, mais on aura peut-être plus d’informations dans les prochains jours.

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